IA et pédagogie ? N’est-ce pas un oxymore ? (Rappelons que l’oxymore consiste à unir dans un même groupe deux mots au sens apparemment contradictoire. Cette association inattendue provoque l’étonnement et met en évidence une réalité paradoxale).
Il est évident que l’on ne peut, aujourd’hui, demander à une machine de se mettre “à l’écoute” de ses “apprenants”, de faire preuve d’empathie à leur égard et de percevoir ce qu’ils ne disent pas.
Toutefois, l’IA est de plus en plus expérimentée dans les pratiques d’apprentissage. Si elle reste encore sous-exploitée, c’est souvent par manque de connaissance et de maîtrise.
Voici quelques-unes des applications possibles de l’IA en pédagogie. Il est à noter qu’il est important de vérifier les conditions d’utilisation des outils et l’usage qu’ils font des données personnelles.
- IA et pédagogie différenciée
L’IA permet d’adapter les contenus, les rythmes et les méthodes aux profils des apprenants.
Cela a toujours été un idéal pédagogique… souvent freiné par le manque de temps ou de ressources. L’IA vient aujourd’hui changer la donne grâce à sa capacité à analyser rapidement de grandes quantités de données (profils, niveaux, rythmes, préférences). Aussi, elle permet de proposer des parcours sur mesure, ajustés en temps réel.
Concrètement, cela se traduit par des plateformes capables de recommander des contenus pertinents, de reformuler des consignes selon le niveau de compréhension, ou encore d’adapter les modalités (vidéo, texte, quiz, simulation) à chaque apprenant.
Dans les accompagnements plus personnalisés, comme le coaching ou les bilans de compétences, l’IA peut aider à cartographier les compétences, suggérer des ressources adaptées, ou simuler des parcours professionnels réalistes.
Cette personnalisation à grande échelle ne remplace pas l’intuition du formateur ou la finesse d’un coaching individuel, mais offre une base pour cibler ses interventions et mieux répondre aux besoins de chacun. Aussi, l’enjeu n’est pas d’automatiser la relation pédagogique, mais de l’augmenter intelligemment.
Création d’alternatives
Les agents conversationnels sont capables de générer des textes alternatifs, permettant de produire des ressources de différents niveaux de complexité, afin de différencier les parcours des apprenants.
Ils sont également capables de générer ces textes dans différentes langues et de les produire dans différents formats, grâce à la synthèse vocale ou la transcription écrite (de vidéos ou d’audios), ce qui renforce leur accessibilité.
De plus, les IA génératives d’images permettent d’enrichir les supports à l’aide d’images générées à partir de descriptions.
- IA comme pilote
L’IA peut aujourd’hui seconder les professionnels de la formation et du coaching dans de nombreuses tâches chronophages, mais essentielles, comme : la génération d’idées d’activités, la rédaction de supports, la création de quiz, l’adaptation de contenus, la reformulation de consignes, la réalisation d’études de cas. Pour les coaches, l’IA peut proposer des canevas d’entretiens, simuler des scénarios ou générer des questions pertinentes.
Ainsi, les outils d’IA générative peuvent faire gagner un temps précieux. Les outils n’ont toutefois pas vocation à remplacer la réflexion et la créativité, mais à les soutenir. Restent à l’humain le soin de l’écoute, la finesse de l’interprétation et le partenariat avec la personne coachée ou formée.
Création de contenu pour le formateur
Les IA génératives de textes comme ChatGPT, Gemini ou Copilot, permettent de produire des plans de cours, résumés, idées d’activités, quiz, évaluations, etc.
La qualité du contenu généré dépend de la qualité des instructions fournies en entrée, ce que l’on nomme le prompt. La matrice ci-dessous peut être utilisée pour construire un prompt efficace adapté aux spécificités de la formation.

Matrice de création d’un prompt dans un cadre pédagogique (proposée par le GTnum IA /DNE)
On peut citer deux outils :
- Wooflash, qui permet de créer des fiches de mémorisation et des exercices d’entraînement, et qui a développé et intégré son outil d’IA, QuizWizard.
- Nolej AI, qui génère des contenus interactifs à partir d’une vidéo ou d’un PDF via une transcription textuelle du support initial. Travail autour du texte
L’IA générative peut aussi contribuer à l’étude de textes, la rédaction de synthèses ou la construction d’argumentaires. Elle peut, en outre, être envisagée comme une aide à la création, un stimulant pour l’écriture.
Il est possible de régler le degré d’inventivité de certains agents conversationnels (Copilot et ChatGPT), c’est-à-dire leur propension à générer des textes statistiquement moins prévisibles.
Une valeur élevée fournira des résultats très différents mais peu fiables ; à l’inverse, une valeur faible fournira des résultats fortement répétitifs, mais très fiables.
A l’humain de rechercher le meilleur compromis entre créativité et fiabilité.
- IA comme partenaire d’entraînement
L’IA peut contribuer de manière innovante au développement des soft skills, comme la communication, l’adaptabilité, la pensée critique, l’intelligence émotionnelle. Des plateformes proposent, par exemple, des simulations d’entretiens, des dialogues argumentatifs ou des jeux de rôle dynamiques, dans lesquels l’apprenant interagit avec des avatars ou des chatbots intelligents.
Ces environnements permettent de s’entraîner à parler de soi, à gérer des conflits, à prendre des décisions complexes ou à argumenter dans un cadre sécurisé. L’un des avantages est de recevoir un feedback immédiat, qui ne vaut pas celui d’un coach ou d’un formateur expérimenté, mais constitue un excellent point de départ.
Créer un chatbot avec ses apprenants
Il est possible de créer soi-même un chatbot “intelligent”, dont les connaissances reposent sur un contenu qu’on lui a fourni. C’est ce que proposent par exemple ChatPDF, BotPress, ou encore la version payante de ChatGPT.
Cette fonctionnalité peut permettre de faciliter l’exploration de contenus riches et denses. A titre d’exemple, Climate Q&A l’exploite à partir des rapports du GIEC. Il est également intéressant de co-construire le ChatBot avec les apprenants. Celui-ci doit d’abord être alimenté en informations puis interrogé par les apprenants.
Au final, y’a plus qu’à !
Pour aller plus loin …
- Baromètre de la formation professionnelle 2025 : de l’adoption de l’IA à l’intergénérationnel, défis et enjeux (08/04/2025): https://app.formalerte.com/articles/18706
- L’IA en formation professionnelle : innovation sous contrainte avec l’AI Act (10/03/2025) : https://www.digiformag.com/ia/lia-en-formation-professionnelle-innovation-sous-contrainte-avec-lai-act/
- Améliorer les retours formatifs grâce à l’IA (mars 2025) : https://www.linkedin.com/posts/jacquesrodet_ia-r%C3%A9troaction-activity-7297151424033955840-dvFw/?originalSubdomain=fr
- Comment intégrer l’IA générative dans sa pédagogie ? Enseigner à l’ère de l’IA : https://drane-versailles.region-academique-idf.fr/spip.php?article832
